16 mars 2019

William, le vent, les vagues, et la baie

By In Portrait

Chaque jour, des amateurs de sensations fortes s’amusent dans la baie de Saint-Malo. Leurs planches y effleurent la crête des vagues, leurs ailes colorées y tutoient les nuages. Saint-Malo est un plan d’eau unique qui s’apprend, s’apprivoise et se mérite. C’est le plus beau terrain de jeu du monde pour William, champion de windsurf.

Les souvenirs d’été du jeune Malouin ont l’odeur du Surf School. Son père Steve y est entraîneur, et le garçon passe toutes ses vacances au club « à donner un coup de main. » On devine la suite : son père, coureur de haut niveau, qui le met sur une planche, le gamin qui accroche tout de suite, naissance d’une passion, etc ? « Euh, pas vraiment, avoue William. La planche, c’est difficile, c’est physique. L’hiver, j’avais froid. Si je n’avais pas été encouragé, soutenu, j’aurais pu arrêter. » 

Sauf que, un jour, le premier grand bonheur est arrivé. Cela s’appelle le planingC’est quoi un planing, direz-vous ? « C’est quand la planche commence à déjauger. » Oui… « Bon. Imagine que t’avances tranquillement, et tout à coup, ta planche part à toute vitesse. C’est ça, un planing. Je m’en souviens parfaitement : c’était un jour d’été, et ça m’a rendu accro. » William a une dizaine d’années, et à partir de là, enchaîne les compétitions.

« C’est un combattant, dit Germain, son premier entraîneur, aujourd’hui directeur du Surf School. Je me souviens des régates auxquelles il participait gamin, avec d’autres de son âge. La planche quand il fait beau et qu’il n’y a pas trop de vent, on s’amuse, mais quand il fait froid et que ça souffle beaucoup, c’est dur ; William était parfois le seul à terminer les compétitions. » Locales d’abord, puis départementales, régionales, nationales, européennes. Et enfin mondiales. William, 24 ans, participe depuis 3 ans aux épreuves de Coupe du monde de windsurf, avec les 63 autres meilleurs windsurfers mondiaux. Il a navigué sur les meilleurs plans d’eau, au Japon, en Nouvelle Calédonie, aux Canaries, en Corée du Sud, au Portugal, en Allemagne… La conclusion est limpide : « Quand tu as appris la planche à Saint-Malo, tous les autres plans d’eau te semblent faciles. »

Germain tempère un peu. « C’est vrai que Saint-Malo fait partie des plans d’eau les plus compliqués. C’est formateur. Mais il faut être doué comme William pour trouver que les autres plans sont faciles… » Et plus facile, ça veut dire quoi ? Plus confortable ? « C’est surtout beaucoup moins drôle ! sourit William. Plus la mer est agitée, plus le vent est fort, plus j’aime ça. »

Dominique, qui le regarde s’entraîner depuis la plage de la Hoguette, confirme. « Il est comme ça, William, il n’a peur de rien. Je me souviens qu’à Noël 2017, à Lancieux, je me suis mis à l’eau avec un groupe de planchistes. Il y avait un vent entre 40 et 50 nœuds, c’était sportif. On avait tous sortis nos petites planches et nos petites voiles pour avoir moins de prise au vent. Et on a vu William passer à fond à côté de nous, avec sa grosse planche et sa voile de slalom ! On est resté scotchés. »

Le windsurf, le kite ou le surf sont des sports individuels, mais leurs pratiquants sont très proches et à Saint-Malo, ils forment une grosse communauté. William apprécie. « Celui qui va naviguer informe les autres sur les conditions météo ; on se retrouve parfois après une sortie pour discuter ou boire un verre…c’est une grande famille. » Notre windsurfer est attaché à ses amis et au club de ses débuts, où il est toujours licencié. « Le Surf School est son club, dit Germain, et je crois qu’il est fier de faire sa promo dans le monde entier. Il participe de temps en temps aux entraînements des jeunes que je coache ; il aime partager ces moments, et les jeunes sont ravis de l’avoir à leurs côtés, de profiter de ses conseils. »

L’hiver est la saison de l’entraînement. William varie les spots : face à l’épi de la Hoguette, « parce qu’il y a moins de plateaux rocheux que sur le Sillon », sur les bancs de sable de Dinard « qui forment une petite mer fermée lors des grandes marées », à Saint-Suliac « où le vent est irrégulier, perturbé par les bords de Rance», en baie de Lancieux. Ce qui l’amène parfois à des rencontres extraordinaires. « C’est arrivé il y a 5 ou 6 ans, je tirais un bord vers le large lorsque, près de la bouée des Letruns, j’ai traversé un banc de dauphins. J’ai crié, un peu de peur au début, et puis de joie après. J’ai regretté de n’avoir personne avec qui partager ce moment fabuleux. Depuis, chaque fois que je vais par là, j’espère… »

Naviguer, c’est chouette, mais il faut un jour gagner sa vie. Parce que si le circuit de Coupe du monde est l’équivalent de la ligue 1 en foot, l’argent n’y coule pas à flots. La chasse aux sponsors et au métier alimentaire sont des épreuves à terre incontournables. William est donc devenu entraîneur à Saint-Lunaire. « C’était super. Mais je n’étais pas sur l’eau. » Alors le jour où les dirigeants de Lokéfoil, un de ses sponsors malouin, lui proposent de devenir le testeur principal et rémunéré des foils qu’ils fabriquent, le Malouin saute sur l’occasion. Les foils, ce sont ces ailerons qui font voler les planches au-dessus de l’eau. Ils révolutionnent la pratique du kitesurf et du windsurf, et offrent un spectacle à couper le souffle. « Ils permettent de pratiquer avec peu de vent, donc de multiplier les sorties ; c’est appréciable en été, en période de vent léger. Surtout, ils offrent des sensations exceptionnelles : vitesse, silence, absence de frottement…Imagine un peu, je pars de la Hoguette, je fais le tour de Cézembre et je reviens sur la plage sans que ma planche touche l’eau une seule fois ! Je vole, littéralement. »

William à fleur de mer

Pour un peu, on dirait qu’à Saint-Malo, William aime tout. Mais non. Il y a une chose, quand même : « le froid. Quand tu dois passer 6 heures par jour dans l’eau en hiver, c’est vraiment désagréable. Plus je vieillis, plus j’ai du mal à le supporter ! » Au point d’abandonner ? Sûrement pas. « Maintenant il est trop tard. J’ai la passion » sourit William, en regardant la mer, sa mer. « Cette baie-là est un lieu unique. Avec des conditions météo variées, des marées à forte amplitude, du vent instable, des rochers. Quand la mer est plate, tu peux tirer des bords entre les cailloux. Quand elle est haute et cogne sur la digue, le plan d’eau est totalement différent. Les courants sont nombreux : en plus de la dérive qu’ils occasionnent, ils rendent la mer hachée, dure. Les vagues sont difficiles à lire, tu as du mal à anticiper les choses. Même quand on travaille, on trouve du plaisir. J’y veille !»

texte Béatrice ERCKSEN / photos © Gérard CAZADE

William est engagé dans les épreuves Slalom et Foil de la Coupe du monde

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Lokefoil, l’entreprise malouine qui fabrique les foils de William

Le calendrier de la Coupe du monde

2 commentaires
  1. Gérard. F 17 mars 2019

    Bravo le CHAMPION et bon vent.

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  2. yves marin 18 mars 2019

    Belle passion que celle de William , si bien décrite par vous Béatrice .
    IL a raison de ne pas abandonner et quand ” le vent soufflera , il repartira ” pour son plaisir et celui des amoureux de ce sport .
    Amitiés

    Reply

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