13 mai 2017

Le jardin extraordinaire de la Décou’Verte

By In Portrait

C’est un jardin unique à Saint-Malo. Un jardin inattendu, qu’on découvre par hasard au coin d’un pignon, coincé entre une barre HLM, une rangée de pavillons et une école primaire. Un jardin improbable, entouré d’un simple grillage, ouvert aux 4 vents et à tous les visiteurs, au portillon sans clé. Un jardin du matin, qui passe à l’ombre quand sonne 15h, au grand dam de ses usagers. Un jardin partagé, au coeur de La Découverte.

Ça veut dire quoi, un jardin partagé? Un jardin conçu, construit et cultivé collectivement par les habitants de la Découverte et par tous ceux qui le souhaitent, explique Bérangère, salariée des Marteaux du jardin, l’asso qui gère l’espace. Vient qui veut, quand il veut, pour donner un coup de main, bricoler, désherber, prendre un café, discuter, et se servir en légumes, en fleurs, en fruits dans les bacs en commun.”

Le jardin est divisé en espaces : en entrant à droite, la parcelle expérimentale, pour montrer les bienfaits de la permaculture et du paillage. Puis les parcelles individuelles, attribuées aux habitants qui en ont fait la demande. A gauche, le carré de l’école primaire, rempli de fraisiers; celui du centre social, entretenu une fois par semaine par ses adhérents; la serre où sont bichonnés les plants qui craignent le gel, les châssis qui abritent le basilic, la parcelle partagée, le composteur en pleine digestion, la cabane à outils. Au milieu, un serpent coloré, modelé avec la terre du terrassement, hérissé de tanaisie pollinisatrice d’un jaune pétant et de sauge fongicide. Et une table ronde entourée de bancs, pour souffler un peu, bavarder, rempoter, peindre, bricoler.

Le tout compose un jardin bigarré, joyeux, apaisant, que ses jardiniers ont choisi d’appeler d’un joli jeu de mots : Décou’Verte. On y croise les enfants du centre de loisirs ravis de participer à un atelier rempotage et de repartir avec un pot d’impatiens ou de muflier, les jeunes de l’IME, les adeptes de la perceuse, les méticuleux qui tracent impeccablement les lettres sur les pancartes et les ardoises bientôt plantées dans les parcelles.

 

En ce vendredi après-midi de début mai, Catherine pousse le portillon pour la première fois. Elle vit à la Gare, en appartement. “C’est Pascal, un ami, qui m’a parlé du jardin. Il m’a donné envie de venir. Pour jardiner, et pour rencontrer des gens.” L’accueil est informel et chaleureux. Avant l’opération désherbage, Françoise lui présente le jardin, raconte ses plantes, cite les règles, peu nombreuses, mais essentielles : pas d’engrais chimiques, pas de désherbants. J’ai été apicultrice, dit Catherine, ce sont des choses qui me parlent.”Une demi-heure après son arrivée, Catherine est à genoux, les mains dans le bac à salades.

Françoise, c’est un des personnages du jardin. Nature, comme lui. Enseignante en agronomie, elle en est la référente technique. Son dada? La restauration de la biodiversité, et la transmission de façons de faire respectueuses de l’environnement aux jardiniers de la Décou’Verte. “Les gens jardinent souvent comme le faisaient leurs parents : ils retournent la terre en bêchant profond, utilisent des intrants chimiques, laissent la terre à nu…On arrive à leur faire comprendre que les légumes sont plus beaux en n’agressant pas la terre, en ne la polluant pas, en associant les cultures. Et qu’en plus, ça demande moins de boulot : la grelinette ne casse pas le dos, une parcelle paillée n’a pas besoin d’être désherbée, ni arrosée fréquemment.”

Ici, pas de grands discours, ni de leçons de morale. Ça ne marcherait pas, estime Françoise. Il faut du concret. Et de la confiance. Quand on a créé le jardin, il y a un an, j’ai jardiné avec les habitants, j’ai écouté les discussions sur la façon de faire sans trop m’en mêler. J’ai passé 6 mois à 4 pattes, à préparer, gratouiller, semer. Comme tout le monde. Petit à petit, la confiance s’est installée, et je peux aujourd‘hui donner des conseils qui sont entendus, parler de plantes qui repoussent les prédateurs, de plantes qui soignent, de fleurs qui attirent les amis du jardin.

Anastasia est arrivée au mois d’avril. Elle est accueillie en service civique par les Marteaux du jardin comme Antony, un autre jeune. Elle seconde Bérangère, accueille les visiteurs, renseigne, apprend à bricoler et à jardiner en regardant et écoutant les autres. Anastasia a un master en écologie. “Ce qui m’intéresse, c’est l’agroécologie. Un jardin, c’est un espace agricole en miniature. Ici, je peux mettre en pratique ce que j’ai appris dans les cours : la permaculture, les plantes associées, les auxiliaires du jardin, les espaces non gérés…J’aimerais qu’on construise un hôtel à insectes, je vais le proposer.”

Le long de la clôture, une dizaine de parcelles sont cultivées par des habitants, depuis le début de l’année. Ils y font pousser ce qu’ils veulent, en respectant la charte du jardin. Patrick est l’un d’eux. Il veille sur son pré carré. “J’habite en appartement à Paramé. Je viens tous les jours, en bus.” Il a planté “des tomates, qui commencent à fleurir, des poireaux, des radis, des haricots, des salades qui seront bonnes à manger dans 15 jours.” Il est fier de sa parcelle, qu’il trouve “mieux que certaines autres”. Et il attend impatiemment que ses poireaux soient prêts à récolter, pour les déguster “à la vinaigrette, ou dans un pot-au-feu.”

© GERARD CAZADE / Le Jardin extraordinaire de la Décou'Verte

Patrick et Anastasia

Et puis il y a les deux Pascal, piliers du jardin. L’un est un ancien pâtissier, qui ne sait “ni jardiner, ni bricoler”, rigole-t-il. “Il a d’autres qualités, souffle Françoise : il est toujours disponible pour aller à droite à gauche chercher du bois, transporter des trucs. Il ne dit jamais non. Et il est toujours calme : il sait faire tampon quand il y a des tensions.” C’est aussi un pourvoyeur efficace en marc de café, qu’il récupère au bar du coin. Pas pour y lire l’avenir, mais pour repousser insectes et ravageurs. L’autre Pascal est un habitant du quartier, qui fait du bien au jardin, et à qui le jardin fait du bien, dit Bérangère. Il a travaillé sur le cabanon, sur la clôture, sur les bacs, a préparé toute la terre…C’est quelqu’un qu’on a vu s’épanouir ici, sur qui on compte beaucoup. Pascal, c’est l’ami du jardin.”

A la Découverte, il est un jardin bienfaisant, partagé, partageur, un vrai jardin extraordinaire.

La grelinette est une fourche à 5 dents et 2 manches qui permet d’aérer la terre sans la retourner entièrement.

page facebook des Marteaux du jardin

blog les Marteaux du jardin

contact : 06 01 73 61 60 (Bérangère)

textes Béatrice ERCKSEN / photos © Gérard CAZADE

3 commentaires
  1. Gérard 17 mai 2017

    Très bel article.

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  2. THUAL 17 mai 2017

    Entre les lignes, on mesure le plaisir des jardiniers ! Une belle initiative, un bel article et de jolies photos.

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    • beatrice 17 mai 2017

      Merci à toi, ô fidèle lecteur…

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