23 août 2019

Fabienne, Malouine plein ciel et grand large

By In Portrait

Fabienne a une double vie. Mais chut, ce sont deux vies respectables. Elle est hôtesse de l’air et sauveteuse en mer, une double casquette très rare, voire unique en France. Son uniforme varie du bleu Air France à l’orange SNSM.

Tout commence à Saint-Malo, comme toute bonne histoire. Fabienne est Malouine et vit ses premières années dans la cité corsaire. Une opportunité professionnelle fait basculer la vie de la famille : « lorsque j’ai eu 11 ans, mon père a obtenu un poste au Togo. J’ai passé mon adolescence à Lomé, et j’ai adoré ça. Comme j’ai adoré revenir à Saint-Malo.»

Sa première casquette -sa profession- elle l’a choisie il y a 30 ans pour découvrir le monde, et parce que « c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour retourner le plus souvent possible dans cette Afrique que j’aime. » Elle devient hôtesse de l’air tout juste sortie de l’école, sillonne la planète, et cela lui va bien. Mais partir loin de chez soi et des siens, dormir chaque soir dans des lits différents, ça finit pas lasser. « Naviguer, ça fait rêver, mais ça a un prix : coincée à l’autre bout du monde, j’ai raté plein de choses vécues par ma famille et mes potes. Des belles comme des terribles. Je n’étais pas là… » Alors Fabienne a échangé les longs courriers pour les moyens,  « pour ne jamais être loin ». Ses vols ne dépassent plus la Russie, Israël, le Maghreb. 4 jours partie, 3 jours de repos.

 

Ce nouvel emploi du temps lui a permis de porter sa deuxième casquette. Depuis 10 ans, Fabienne est sauveteuse en mer. « J’ai besoin d’aider les gens, c’est plus fort que moi, rit-elle. J’ai hésité entre pompier, et sauveteuse en mer. Des copains m’ont dit que pompier, c’était trop dangereux, alors j’ai choisi la SNSM. » Ah ? Parce que sauveteuse en mer, c’est pas dangereux ? « Si, sans doute. Mais je n’ai jamais eu peur en mission. Il m’arrive d’avoir peur en avion, mais pas sur l’eau. Je me dis que s’il arrivait quelque chose, j’arriverais à nager. Alors qu’en l’air, quand on tombe…Et puis j’ai une confiance aveugle dans mes collègues. Lorsque je pars sauver des gens, je ne pense jamais que je peux ne pas revenir. Du moins jusqu’à ces derniers mois…Le naufrage des collègues aux Sables d’Olonne a été un coup au coeur. »

Pour devenir sauveteur embarqué, Fabienne a passé des entretiens, s’est formée à l’utilisation de la radio, a suivi un enseignement médical, s’est entraînée en mer avec ses coéquipiers. Elle continue à le faire régulièrement. Dès qu’elle rentre à Saint-Malo, elle allume le bip qui la relie à la station malouine de la SNSM, de jour comme de nuit. « Parfois je viens juste de rentrer, je suis vannée. Alors s’il s’agit de remorquer un bateau, et qu’il y a suffisamment de monde sur le pont, je peux laisser ma place. Mais quand il est indiqué « homme à la mer », fatiguée ou pas, je fonce. » Elle a 15 minutes pour s’équiper et rejoindre le canot, basé au port des Sablons. Comme Jean-Émile, mécano du canot depuis 16 ans, qu’elle retrouve souvent sur le Pourquoi Pas ?*. «Fabienne fait partie des piliers de la station, elle est très disponible», raconte-t-il. Elle est comment, Fabienne ? « Elle a du caractère et de la personnalité, s’amuse-t-il. Sur le Pourquoi Pas ?, tout n’est pas toujours parfaitement à sa place, et comme elle aime que les choses soient bien faites, elle râle…Bon, lui dites pas, mais c’est souvent justifié…En tous cas, c’est une bonne coéquipière, sur laquelle on peut compter, et qui sait mettre l’ambiance quand il le faut. C’est aussi un marin. »

Fabienne aime la mer, passionnément. Celle qui mouille Saint-Malo, Cézembre, Granville, Chausey, Jersey, et qu’elle voit dès qu’elle sort de chez elle, à la cité d’Alet. Alors dès qu’elle le peut, elle prend le large. En larguant les amarres d’un Muscadet, comme celui qu’elle a possédé pendant des années, ou en voguant sur les bateaux de ses copains : « je profite d’être entourée de marins et de marinettes pour bourlinguer avec eux. Je ne peux pas rester longtemps enfermée, et j’ai tout le temps besoin de bouger. Je n’‘aurais jamais pu travailler dans un bureau. »

La Malouine ne se prend pas au sérieux. C’est elle qui le dit. C’est une bonne vivante, une bonne copine, une marrante. Peut-être une façon de ne pas trop penser à tous ceux qui ont disparu,en mer comme dans les airs, de rendre supportable l’insupportable ? Car Fabienne a perdu « un paquet de potes dans le crash du Concorde, une amie dans celui du Rio-Paris, des copains en mer, au large de Chausey, dans le port de Saint-Malo, à l’Aber Wrac’h... ». On devine la fêlure dans la carapace. Mais la confidence fait vite place à un sourire. « La vie continue ».

Fabienne prévoit d’arrêter de voler dans 2 ans. Sait-elle où elle ira vivre ? Hésitera-t-elle entre la cité corsaire et l’Afrique ? « Pas une seconde ! Ma vie est ici, je ne pourrais pas habiter ailleurs. J’ai eu 1000 occasions de partir de Saint-Malo, je ne l’ai jamais fait. Chaque semaine, je reviens de Paris en train. C’est à chaque fois la même chose : dès que je vois la laiterie Malo, je souris. » Et chaque semaine, Fabienne sacrifie au même rituel : « en sortant de la gare, je ne rentre pas à Saint-Servan par le chemin le plus court. Je passe par le Sillon saluer la mer, devant Intra dire bonjour aux remparts, leur faire savoir que je suis de retour à la maison. »

texte Béatrice ERCKSEN / photos © Gérard CAZADE

Le Pourquoi pas ? est le canot tous temps de Saint-Malo. La station malouine compte 40 sauveteurs, dont 3 femmes. Les sauveteurs sont bénévoles, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) vit grâce à nos dons. Pour aider l’association, c’est ici

contact SNSM Saint-Malo : 02 99 82 11 11 – president.stmalo@snsm.org

Saint-Malo abrite le principal chantier de la SNSM : le Pôle de Soutien de la Flotte répare et entretient les canots et vedettes françaises, de l’hexagone comme de l’outre-mer. Retrouvez ici l’histoire de Jérôme, un de ses mécaniciens.

4 commentaires
  1. Bruno ROBERT 23 août 2019

    Bravo et merci à cette “Drôle de Dame”, dont l’humanité est exemplaire.

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    • beatrice 23 août 2019

      Bonjour Bruno, merci pour elle!
      Bien amicalement, Béatrice et Gérard

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  2. Anne-Christine 23 août 2019

    Magnifique portrait …bravo Fabienne pour votre engagement et votre générosité.

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    • beatrice 23 août 2019

      Anne-Christine, merci pour votre mot, pour nous, et pour Fabienne!

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