20 janvier 2019

Malo, les Malouins ont du pot

By In Portrait

Les esprits primaires croient que les yaourts, ça se mange et puis c’est tout. Pfff… Il faut d’urgence leur raconter l’histoire des petits Malo. Ou plutôt les histoires.

Les Malo, ce sont les Malouins qui en parlent le mieux. Surtout ceux qui ont joué avec, comme Thomas et son frère Arnaud : « on était gamins, on nettoyait les pots cartonnés, on les perçait et on les reliait avec de la ficelle pour fabriquer des téléphones. Arnaud se mettait dans sa chambre, moi dans la mienne, chacun avec son pot en main, la ficelle bien tendue entre les deux. Et on parlait dans le pot. Les sons étaient amplifiés. Avec le recul, je ne sais pas si ça marchait vraiment, ou si on s’en persuadait, vu qu’il y avait 1 mètre 50 à tout casser entre nous deux…Aujourd’hui encore, quand je vois un Malo, ça me fait sourire

Aurore se souvient que lorsqu’elle avait 6 ans, « notre instituteur de l’école de Bellevue avait demandé à chaque élève d’amener un pot de yaourt pour y faire pousser un haricot. Nous sommes quasiment tous arrivés avec notre pot Malo ! Devant la fenêtre de la classe a trôné pendant plusieurs jours une belle rangée d’haricots Malo… »

Au collège Surcouf, dans le milieu des années 80, les pots Malo ont inspiré le prof d’arts plastiques : « c’était un prof génial, dit Thierry, un de ses élèves aujourd’hui graphiste. On avait peint les pots en noir et blanc, on les avait enfilés sur des ficelles et attachés à un châssis, sur plusieurs rangées. Quand on les tournait, on créait des fresques en binaire. C’était certes un peu grossier, mais on a par exemple fait le portrait de Chateaubriand. Les pots Malo ont une forme spécifique qui se prête parfaitement à l’exercice. C’était une œuvre interactive, bien avant le numérique. Du Pixel Art version Malo… »

Bons à tout les Malo ? Apparemment oui. Même à cuisiner. Sébastien a plaisir à préparer avec son fils de 4 ans le gâteau qu’il faisait, enfant, avec sa tante Marie, sœur de sa grand-mère, en utilisant un pot carton Malo comme instrument de justice, comme verre doseur. La recette ? « 3 pots de farine, 2 pots de sucre, 1/2 pot d’huile, 3 œufs, 1 sachet de levure, 1 sachet de sucre vanillé, 30 minutes à 180°. Avec ma sœur, nous attendions avec impatience la fin de la préparation : tante Marie mettait de côté deux tasses de pâte que nous mangions avec gourmandise avant la cuisson, parce qu’elle est aussi bonne crue que cuite. »

 

 

Le grand-père d’Anna ne concevait pas de petit-déjeuner sans un fromage frais sucré Malo. « Il y en avait toujours dans le réfrigérateur chez mes grands-parents, dit la Malouine de 20 ans. Quand on était chez eux, c’était souvent notre dessert à mon frère, mes cousines et cousins et moi. Notre plaisir, c’était de le manger bien sûr, mais aussi de donner le pot à lécher à Vénus et Olympe, leschats de mes grands-parents : ils adoraient les « p’tits Malo » comme on les appelait, et attendaient impatiemment à nos pieds. Mon grand-père n’est plus là, mais le fromage frais sucré 40 % reste pour nous « le p’tit Malo de grand-père ».

Il faut dire que dans le p’tit Malo, il pousse parfois des racines. Kristell, partie travailler à Strasbourg, en a fait l’expérience. « Je faisais mes courses à la supérette du quartier. C’était un samedi, fin de journée, il ne restait pas grand’chose. Et soudain je les ai vus : tous les quatre, tous seuls, rien autour, un petit pack de 4 yaourts nature Malo. Mon coeur a sauté de joie. J’avais le blues du pays, ça m’a fait un bien fou ! »

A l’usine aussi, on a compris que Malo faisait partie du patrimoine des Bretons, et particulièrement des Malouins. Alors on les écoute. C’est Christophe qui répond le plus souvent aux consommateurs.C’est l’occasion de parler de tout et de rien, des petites choses qui font la vie de famille. « Une dame âgée a appelé un jour parce qu’elle disait avoir trouvé un disque à démaquiller dans son yaourt. Je ne voyais vraiment pas comment ce coton avait pu se retrouver là. En discutant, elle m’a dit « c’est drôle quand même, ma petite-fille utilise les mêmes cotons. » Sa petite-fille avait fait une farce à sa grand-mère. »

Il y a des habitués. Exigeants. Comme ce Malouin, gros consommateur de fromage frais, qui appelle lorsque la texture du produit est trop liquide à son goût. « Je l’ai au téléphone deux fois par an environ. La conversation est toujours très courtoise ; ce monsieur me parle des sauces qu’il réalise avec le fromage frais, me donne ses recettes. » Plaisant et utile.

On ne rigole pas avec les souvenirs d’enfance. « Je me rends compte que les gens sont attachés à la marque. Certains me disent qu’ils mangeaient tel Malo à la cantine, et qu’ils l’achètent maintenant pour leurs petits-enfants. C’est leur madeleine de Proust. »

Christophe est responsable de la qualité depuis 12 ans. Il s’assure que tout est conforme. Pendant la production, sur les chaînes, le personnel prélève et goûte régulièrement le contenu des pots pour vérifier qu’il ne manque aucun ingrédient, ou que le yaourt qui arrive est versé dans les bons pots. Pour un maximum de sécurité, chaque cuve de yaourt ou fromage frais fait l’objet d’un prélèvement, analysé par le laboratoire maison.

 

Il en pense quoi Christophe, des Malo ? « J’en ai beaucoup mangé les premières années, j’en avais plein le frigo à la maison. J’en mange moins aujourd’hui. J’en goûte toute la journée, ça me suffit… » Ses préférés ? « Le fromage frais 40 % sucré, un classique, celui que les Malouins appellent « le p’tit rouge » . J’aimais bien aussi le Délice Café, du fromage frais au café avec des pépites de chocolat. Il n’existe plus malheureusement, il n’a pas trouvé sa clientèle… »

 

Strasbourgeois venu un jour travailler à Dinard , Christophe est tombé raide dingue de la voile et des bains de mer, chaque soir après le boulot. Il a fondé une famille avec une Malouine. Il a découvert que l ‘humour était aussi une coutume locale. « J’ai reçu un jour un courrier écrit par un enfant. Il me racontait que le pot Malo qu’il avait ouvert chez ses grands-parents était vide, qu’il avait été triste et que sa grand-mère lui avait demandé de ne pas en parler à son grand-père, parce que celui-ci ne voudrait sûrement pas continuer à acheter des Malo. Ce petit garçon écrivait que s’il avait été déçu d’avoir un pot vide, il voulait continuer à manger des Malo parce qu’il adorait ça. Et qu’il était certain qu’on ferait attention à ce que ça ne se reproduise pas. »

Au soir, Christophe est allé partager son émotion avec sa femme et ses enfants. « Quand je leur ai raconté l’histoire, j’ai vu soudain qu’ils avaient du mal à se retenir de rire : c’était eux qui m’avaient fait une blague et envoyé le courrier ! »

texte Béatrice ERCKSEN / photos © Gérard CAZADE

5 commentaires
  1. yves marin 26 janvier 2019

    Beau récit sur les yaourts Malo , ils sont délicieux !
    Merci à Christophe de bien surveiller leur fabrication , chez nous on les aime bien , mais celui qu ‘on apprécie le plus c’ est le notre , Malo notre adorable petit garçon âgé de 7ans !
    Amitiés à Béatrice et Gérard .

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    • beatrice 27 janvier 2019

      Bonjour Yves, nous dédicaçons donc notre article à votre petit-fils! Bien amicalement, Béa et Gérard

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  2. Bénédicte 27 janvier 2019

    Petit souvenir supplémentaire concernant les MALO,il y a 30 ans, en Normandie, quand j’étais en primaire, ma maîtresse nous demandait d’emmener des pots de yaourts à l’école: c’était tout le temps des MALO et ils se retrouvaient recouverts de feutrine et de laine pour servir de ranges crayons et restaient toute l’année dans la classe. Peut être leur forme spécifique y était pour quelque chose.

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    • beatrice 27 janvier 2019

      C’est bien la preuve que ça sert à tout, les Malo! On a tous des souvenirs de ces yaourts à part. Merci pour votre témoignage!

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    • Christophe 28 janvier 2019

      Si d’autres personnes ont des souvenirs avec des produits MALO, n’hésitez pas à les partager, je trouve ça plutôt sympa de découvrir des petits bulles de mémoire sur son entreprise via ce blog.

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