5 février 2017

Karl, chercheur d’identité

By In Portrait

On vivait en Mayenne et on venait passer la journée à Saint-Malo à chaque vacances de Pâques, avec mon frère, ma soeur et mes parents. On faisait un arrêt au Mont Saint-Michel, et on arrivait à Saint-Malo pour pique-niquer. Un tour de remparts, un peu de plage, et on rentrait. J’étais fasciné par le plongeoir de la piscine de Bonsecours. J’avais envie d’y aller, mais ça me faisait flipper. Une année, l’envie a enfin été plus forte que la crainte : j’ai plongé depuis le plateau à mi-hauteur. L’année suivante, j’ai sauté de tout en haut, en même temps que mon frère. Je me souviens avoir eu un gros coup de stress.” Karl a grandi, sans perdre de vue l’objet de sa fascination. “J’ai continué de venir à Saint-Malo, avec les copains. Le soir, on allumait un feu sur la plage, et sur les coups de 2-3 heures du mat, dans le noir, on allait à la piscine faire le plongeon de la mort…”

 bon-secours

Il y a 13 ans, il est venu s’installer à Saint-Servan. Parce que son ami, rencontré à Rennes, avait trouvé un travail ici. Karl avait été formé au théâtre de rue. Et à la danse. Un jour, en passant à la boulangerie, il découvre une annonce pour des cours de danses bretonnes à Quic-en-Groigne. ” Quic-en-Groigne? J’en avais jamais entendu parler. Je prononçais “kouic-en-groagne”, je croyais que c’était du breton…” Karl y est allé quand même. Sur la pointe des pieds. Pour moi, les bagadoù, les danses en costumes, c’était un peu vieillot , et me déguiser en breton, c’était pas mon délire …” Et puis il s’est rendu compte que, finalement, dans un cercle, on ne tourne pas forcément en rond : j’ai découvert de vraies chorégraphies et un répertoire de danses extrêmement riche. J’ai attrapé le virus.”

Karl n’est pas seulement danseur. Il sait aussi dessiner et il est graphiste. Alors, quand un commerçant malouin lui a demandé de crayonner un symbole jeune, nouveau, actuel de la ville, pour une ligne de cadeaux, il n’a pas hésité : Saint-Malo, c’est le plongeoir de Bonsecours. Le tremplin de pierre stylisé s’affiche sur des carnets, des mugs, des tee-shirts. Karl a été l’inventeur d’une identité malouine d’aujourd’hui, et il rayonne de fierté. “C’est un peu comme si je laissais mon empreinte dans la ville que j’aime. C‘est d’autant plus fort que je ne suis pas d’ici.”

KARL

Et puis, il a découvert d’autres visages de la ville. “Je ne connaissais la cité que sous le soleil, avec ses rues pleines de monde, ses plages et ses marchands de glaces. J’ai adoré ce que j’ai découvert : Saint-Malo sans personne, les jours de tempête, les couchers de soleil sur les forts et les îles, les quartiers si différents, les recoins secrets, les promenades le soir qui donnent l’impression que la ville vous appartient. En quelques minutes de marche, on passe de la cité d’Alet et son décor du Sud à l ‘intra-muros, où on croit remonter le temps. Encore un kilomètre, voilà la digue-promenade, les villas balnéaires, le parfum de la Belle Epoque. Et au milieu de tout ça, il y a les écluses“. Les écluses, parlons-en. Un passage obligé pour presque tous mes déplacements et un endroit que j’adore. Quand je suis arrivé ici, dès que j’entendais la sonnerie, je courais pour assister au spectacle. C’est une zone froide et un peu inquiétante, idéale pour tourner un polar noir. En même temps, c’est au coeur de la vie de la ville. J’aurais pu m’en inspirer pour symboliser Saint-Malo”.

Il faut s’y résoudre. Saint-Malo, ville d’aventuriers, ville de secrets, ville de marins , a plusieurs identités. Mais ces identités ont-elles un signe distinctif commun , un coeur unique, un petit truc qu’on pourrait appeler une âme ? Peut-être, surtout pour quelqu’un qui habite sous les toits . ” Un jour que j’étais loin d’ici, j ‘ai ressenti un manque. J’ ai très vite trouvé ce que c’était: le cri des goélands”.

kerolam, la boutique qui propose les créations de Karl…et d’autres
quic-en-groigne

 

textes : Béatrice ERCKSEN / photos :  © Gérard CAZADE

 

1 commentaire
  1. Cecile PEIGNE 5 février 2017

    Merci Karl
    pour ce plongeon au coeur de la ville de Saint malo

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