20 novembre 2019

Au revoir Malouin(e) suis! (suite)

By In Portrait

Pour garder votre curiosité en éveil , pour celles et ceux qui n’ont pas tout lu ou qui ont envie de retrouvailles, vous trouverez ci-après la liste des portraits parus, et quelques phrases de chaque personne rencontrée. Nous en avons publié 10 la semaine dernière, nous en publions 10 cette semaine suivante, nous en publierons 10 la semaine d’après…jusqu’à ce que nous ayons cité nos 47 histoires malouines.

Alexia, vocation ange gardien

“Quand j’étais petite, je voulais devenir pompier;  je n’ai jamais osé sauter le pas. Mais ma famille a la mer dans le sang, j’ai trouvé tout naturellement dans le sauvetage en mer une autre manière de porter secours aux gens. Voir la mer tous les jours, y plonger, est pour moi une nécessité. Je suis allée une fois à Paris, ça m’a oppressée. Je n’avais qu’une envie : revenir vite à Saint-Malo.”

Les Malouins ont du pot

 

Thomas : “ Gamins, on nettoyait les pots, on les perçait, on passait une ficelle, et on jouait à se téléphoner, chacun dans sa chambre. La forme du pot devait amplifier nos voix .”

Thierry : “ Notre prof d’arts plastiques était génial. On avait peint et attaché les pots à un châssis, sur plusieurs rangées. Quand on les tournait, on créait des fresques en binaire. C’était un peu grossier, mais on a par exemple fait le portrait de Chateaubriand.”

Peter, un Malouin pour l’Histoire

“Mon père a été fait prisonnier en 40 et il est rentré 5 ans après. Ma mère, allemande, l’a suivi dès qu’elle a pu et a été formidablement accueillie. Mon grand-père était pourtant un ancien poilu, et avait un caractère de cochon ! J’ai été gâté. Par mes grands-parents paternels comme maternels, que je voyais de temps en temps : nous allions à Hambourg, et eux venaient à Saint-Malo. Mes deux grands-pères se cotoyaient et discutaient. Ils avaient tous deux fait la 1ère Guerre mondiale. C’est comme ça qu’ils se sont rendu compte qu’ils avaient été envoyés sur les mêmes champs de bataille et que, pendant 3 ans, ils s’étaient fait face dans les tranchées ! Je n’étais pas bien vieux, mais j’ai compris dès ce moment-là que les guerres, c’est des conneries.”

Jeannine , buswoman des plages

“Je fais la ligne 8, et c’est un bol d’air ! J’aime cette route de la côte, ce paysage de carte postale, la mer qu’on découvre à la sortie des virages. En début d’après-midi, on embarque les familles et les jeunes qui vont à la plage. Certains sont chargés comme des mules : parasol, bouées, matelas…Un vrai déménagement ! Les clients du matin sont plutôt des promeneurs. Alors Je leur montre le bateau de la Compagnie des pêches, je leur conseille des lieux à visiter gratuitement, comme l’usine de craquelins, je leur parle de l’anse du Guesclin, de Léo Ferré et de sa guenon, de la maison de Colette à la Touesse, du beurre Bordier…Je me transforme en guide touristique.”

Pascal le lamaneur

“Le lamaneur est un marin. Plus qu’une obligation légale, c’est une nécessité : il faut savoir lire le comportement d’un navire, voir s’il arrive trop vite, s’il est limité dans ses manoeuvres. Le marin peut sentir les choses et être réactif, sait où mettre la garde, quelle aussière utiliser. C’est une question de vie ou de mort. Parce que le métier est dangereux. On apprend par exemple à reconnaître le son d’une aussière en contrainte, prête à lâcher. Quand le son est de plus en plus strident, il n’y a qu’une chose à faire : s’écarter vite fait, avant qu’elle rompe”

Pierre , pêcheur à pied

“Ma tenue de combat, c’est ça : des tennis usées, un vieux sweet et un pantalon de jogging. L’élastique est fatigué et, quand j’oublie pas, je mets un tendeur. Faut aussi une paire de gants pour ne pas s’abîmer les mains en retournant les cailloux. Mon terrain, c’est entre Rochebonne et le fort national. En général, on a une heure, pour faire le bas de l’eau. On pêche des étrilles, des crabes, des dormeurs, quelques praires et palourdes quand ça baisse bien. Les ormeaux ont disparu depuis longtemps. Le homard? Quand on en trouve un, on est les rois du monde!”

Yann et les Malouins à plumes

“Le plus rigolo, c’est l’huîtrier-pie. Il a un côté sale gosse, ado, espiègle qui me plait bien. Quand on approche en bateau d’Harbour ou du Bénétin, où il y en a beaucoup, ça piaille, on a vraiment l’impression de se faire engueuler. Mais mon oiseau favori, c’est la sterne. Elle arrive avec le printemps, repart en septembre, et son cri strident est le fond sonore de l’été, il a le son de la plage. On la voit plonger en piqué, d’une hauteur de 10 ou 15 mètres, pour aller chercher les alevins en s’immergeant complètement. C’est un des plus grands migrateurs au monde. Les sternes de chez nous passent l’hiver en Afrique. Quand je les vois, je m’imagine avec elles en Mauritanie ou au Sénégal…”

Lila la visiteuse du mercredi

“Je m’appelle Lila, j’ai 5 ans, je suis un golden retriever. Je passe tous mes mercredis matins en prison. Ici, tout le monde est content de me voir, les surveillants comme les détenus. Quand j’arrive, l’ambiance est plus légère. A ce qu’on dit, je suis une bouffée d’air frais dans un espace confiné, un trait d’union entre les hommes qui y vivent, une visiteuse sur laquelle tout le monde s’accorde. Je vois bien que certains attendent le mercredi avec impatience. Ils rangent leur cellule pour me recevoir, préparent des friandises. Je sais, je sens, comment me comporter avec chacun : quand me montrer affectueuse, quand attendre qu’on me caresse, quand faire le premier pas, quand réconforter ou consoler.”

Roger, l’enfant des années 40

“La ville détruite est devenue un magnifique terrain de jeu. Il nous était interdit de sortir de l’orphelinat, mais on y allait quand même, évidemment. Avec deux copains, on jouait aux cowboys et aux indiens, et on adorait se glisser sous les décombres pour rechercher des trésors. C’était merveilleux. Dans les catacombes, sous la chapelle Saint-Sauveur, on a trouvé des ossements, joué avec des crânes, et sous un hôtel d’armateur, on a découvert un vrai trésor : deux pistolets de corsaire et un sabre! Un monsieur qui passait nous les a échangés contre une pièce de 100 sous, une somme à l’époque. On est allés s’acheter des rouleaux de réglisse avec une boule de couleur au milieu…”

Véro, la vie d’une dame d’accueil

“Quand il y a foule, je demande aux gens de bien vouloir patienter, j’envoie les femmes 3 par 3. Et entre les passages, je vérifie l’état des sanitaires.Ce que j’aime, c’est laisser la porte ouverte, pour que les gens voient que la place est libre, propre, et que ça sent bon. C’est vrai que je passe beaucoup de temps à nettoyer, mais ça me tient à coeur. J’aime que les gens s’y trouvent bien,et j’aime bien qu’ils me le disent. Je sais dire bonjour, au revoir, merci en anglais, en allemand, en italien et en espagnol. J’ai demandé aux gens de m’écrire les mots pour que je m’en souvienne!”

texte Béatrice ERCKSEN / photos © Gérard CAZADE

2 commentaires
  1. de La Heraudiere Béatrice 20 novembre 2019

    J aime beaucoup vos articles

    Reply
    • beatrice 20 novembre 2019

      Merci Béatrice

      Reply

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