14 novembre 2019

Au revoir Malouin(e) suis !

By In Portrait

L’aventure a commencé il y a près de trois ans. Elle est née du désir de rencontrer, d’écouter, de présenter celles et ceux qui font la vie de Saint-Malo, et qu’on ne voit pas forcément, derrière les vitres et dans les rues, sur les plages et sur les toits, scrutant le vent, les fleurs, les algues ou les oiseaux, sur les caps et dans les champs, dans les remparts, sur l’eau et même sous la terre. Ils sont le sang qui coule dans les veines de la ville, sa voix, sa mémoire, un peu de son âme sans doute, et ils nous ont raconté des histoires extraordinaires. Vous avez été très nombreux à les découvrir, à nous suivre dans l’aventure. Maintenant, il est temps de poser le crayon et l’appareil photo, de faire une pause. Nathalie, Marin, Roger, Evelyne et les autres ne vous quitteront pas pour autant : notre blog sera toujours en ligne, accessible à tout moment. Peut-être, un jour, Malouin(e) suis reviendra-t-il sous une forme ou une autre, qui sait ?

En attendant, merci à vous tous qui nous avez accompagnés, soutenus, encouragés. Que les vents vous soient favorables !

Pour garder votre curiosité en éveil , pour celles et ceux qui n’ont pas tout lu ou qui ont envie de retrouvailles, vous trouverez ci-après la liste des portraits parus, et quelques phrases de chaque personne rencontrée. Nous en publions 10 cette semaine, 10 la semaine suivante, 10 la semaine d’après…jusqu’à ce que nous ayons cité nos 47 histoires malouines. Certaines, certains ont changé de cap depuis notre rencontre. Qu’importe : leur histoire n’a pas pris une ride.

Stéphane, coeur de docker

 

“J’ai fait tous les postes, comme le veut le métier. J’ai déchargé des cargos, dirigé la manoeuvre des grutiers, pointé les marchandises qui entrent et sortent, conduit des engins. J’ai tout aimé. Le lundi vous êtes contremaître, le mardi vous balayez la cale d’un navire ; ça apprend l’humilité. Ça peut aussi faire mal. Un jour, avec un camarade, on a découvert deux gamins, en déchargeant un cargo. Deux Africains d’à peine 20 ans. Ils étaient dans la cale pleine de tourteau, morts. Ils avaient certainement été empoisonnés par les insecticides dès le départ du bateau. Les mômes avaient prévu des provisions pour la traversée. Je revois leurs sandwiches, à côté d’eux. C’est des images qui ne s’effacent pas.”

Yves, l’ami du marin

 

“Les bénévoles du Foyer apportent une aide indispensable. Ce sont eux qui ont soutenu et assisté les 8 marins de l’Olympic Light, immobilisé en 2013 à Saint-Malo pendant 2 mois.Il y a des jours où le Foyer est plein. Des jours aussi où il est vide. Tant pis, on préfère ouvrir pour rien, plutôt qu’un marin trouve porte close.  La solitude, quand on a été marin, on la connait bien. On est seul dans sa cabine, on est seul au poste de pilotage, on est seul dans la tempête…Ici, c’est comme si on faisait un grand quart.”

Les aventuriers de l’opérette

“C’est vrai qu’on est un peu cinglés.Pendant plusieurs semaines, on répète du jeudi au dimanche non-stop. Des fois on en a marre, mais qu’est-ce qu’on rigole! L’opérette, c’est gentillet, faut avouer ; c’est toujours l’histoire des amours contrariés d’une jeune première et d’un jeune premier, des airs pour faire pleurer Margot, des chansons qu’on retient et que le public reprend en choeur à la fin. Mais que c’est beau! Les tableaux sont impressionnants. On loue des décors et des costumes de théâtre magnifiques. Et il y a parfois de l’imprévu : la soliste devait lors d’une générale jeter en l’air un plateau avec des oranges. Les fruits ont roulé vers l’orchestre, et une orange s’est coincée dans le tuba. On a eu du mal à maîtriser notre fou-rire !”

Solenn, la voix des murs


“Aux visiteurs, je raconte des histoires d’opulence, de demeures fastueuses, de combats navals, d’explorateurs intrépides. Des histoires d’incendie monstrueux, qui dévorèrent la plupart des maisons en bois de la ville, les demeures épargnées par les bombes, la ténacité des reconstructeurs, la vie intra-muros aujourd’hui. Je leur raconte aussi l’épopée des grands voiliers sur les bancs de Terre-Neuve et les traversées parfois sans retour. Je regarde en passant si l’Étoile du Roy est toujours à quai, si les voiliers sont toujours nombreux dans le bassin Vauban. Elle est là, l’âme de Saint-Malo, celle qu’on retrouve pendant la Route du Rhum, quand la ville est dans sa bulle et qu’elle renoue avec son caractère maritime.”

Yann a un beau train de vie


 

“Dès qu’il fait beau et à chaque congé scolaire, c’est la ruée. Les rames sont blindées. En période de grandes marées les touristes débarquent, certains bottes en caoutchouc aux pieds… D’autres arrivent en tenue de plage et se font surprendre par la fraîcheur marine. On les envoie acheter une petite veste intra-muros, avant qu’ils n’attrapent froid. Il y a des gens particulièrement exigeants. Des touristes attirés à Saint-Malo par la publicité sur les plus grandes marées d’Europe ont demandé le remboursement de leurs billets, parce que la mer était trop calme à leur goût… ”

Josie cueille l’or des algues


 

“On n’utilise jamais une algue échouée, sauf au jardin. Sinon, toutes les algues de nos plages sont bonnes à ramasser et à consommer. Elles se nourrissent par osmose des richesses minérales et organiques de l’eau de mer. Elles ne la filtrent pas, comme le font par exemple les moules. Si on les cueille dans une eau saine, on ne peut pas être intoxiqué. Elles nettoient l’organisme des métaux lourds, des graisses et du sucre, mais elles peuvent être laxatives ou très iodées -surtout les brunes-, et on peut se sentir mal si on en consomme trop ou si on est allergique à l’iode. Il faut y aller doucement, commencer par quelques grammes, et si on supporte, on peut augmenter les doses.”

Louis et Marin, pêcheurs d’avenir


 

“Marin avait 4 ans quand je l’ai emmené pêcher la première fois. Il voulait m’accompagner, et moi ça me plaisait bien de lui apprendre la mer. Aujourd’hui il a 10 ans. Je lui apprends les détails qui font la différence quand on pêche. Sur quels cailloux poser les casiers et à quelle hauteur d’eau, comment lancer quand on est sur un bateau sans blesser quelqu’un, comment monter un leurre sur une agrafe, comment pêcher dans les retours de courant pour que le leurre soit toujours en tension, comment préserver les espèces, les tailles, les quantités, les femelles grainées. Et bien sûr comment descendre l’annexe, l’amarrer avec un double noeud, brancher le coupe-circuit avant de démarrer le moteur, jeter l’ancre, pour qu’il puisse gérer le bateau si je fais un malaise.”

Karl, chercheur d’identité


 

“On venait de Mayenne passer la journée à Saint-Malo à chaque vacances de Pâques, avec mon frère, ma soeur et mes parents. J’étais fasciné par le plongeoir de la piscine de Bonsecours. J’avais envie d’y aller, mais ça me faisait flipper. Une année, l’envie a enfin été plus forte que la crainte : j’ai plongé depuis le plateau à mi-hauteur. L’année suivante, j’ai sauté de tout en haut, en même temps que mon frère. J’ai continué de venir à Saint-Malo, avec les copains. Le soir, on allumait un feu sur la plage, et sur les coups de 2-3 heures du mat, dans le noir, on allait à la piscine faire le plongeon de la mort. Plus tard, je suis venu travailler ici. Un commerçant m’a demandé de crayonner un symbole jeune, actuel, de la ville, pour une ligne de cadeaux. Je n’ai pas hésité : Saint-Malo, c’est le plongeoir de Bonsecours.”

Les Malouins de l’hiver


“Mon père venait déjà pour la Sainte-Ouine. J’allais donc pendant un mois à l’école intra-muros, à Sainte-Croix ou au Petit Choisy. J’ai pris sa succession et, aujourd’hui, c’est le tour d’Étienne, mon gendre. On est des itinérants, on voyage de ci de là, au gré des fêtes foraines. Mais on revient toujours tous en janvier pour la Sainte-Ouine. Imaginez : trois petites-filles sont nées ici, pendant la fête ! Moi je ne travaille plus, mais j’aime revenir ici, voir la ville, pêcher des berniques, retrouver des connaissances, comme cet instituteur qui accueillait nos enfants dans son école, et qui continue à recevoir notre courrier depuis 40 ans.”

Art de plage, l’art au rythme des marées


“La plage, c’est la liberté, la force de l’envie dans le chant de la mer en mouvement et les odeurs iodées, le triomphe du moment présent : je ne prépare rien et je suis l’inspiration. J’ai trois heures pour dessiner une œuvre, partagée avec les passants et les réseaux sociaux. Quand elle disparaît avec la marée montante, c’est fantastique, une immense émotion. La toile est un cadre qui enferme le peintre. J’aime la nature, l’anonymat, l’éphémère, qui donnent à l’art une autre dimension.”

Textes : Béatrice Ercksen

Photos : © Gérard Cazade

14 commentaires
  1. Marc Durand 14 novembre 2019

    Dommage , pour cet arrêt .
    en souhaitant vous revoir bientôt.
    Bon courage et que vents et courants vous soient favorable .

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    • beatrice 14 novembre 2019

      A bientôt Marc, on espère revenir un jour

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  2. sebastien 14 novembre 2019

    Merci et bonne continuation !

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    • beatrice 14 novembre 2019

      Merci Sébastien

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  3. stute irene 14 novembre 2019

    merci de m’avoir donné du plaisir en lisant vos portraits. bonne continuation
    Irene

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    • beatrice 14 novembre 2019

      Irène, votre message nous touche. Merci à vous de nous avoir lus!

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  4. ROBERT Bruno 14 novembre 2019

    merci pour ces témoignages plein d’humanité, cela fait du bien par les temps qui courent. Revenez vite nous raconter encore de belles histoires écrites et illustrées. Amicalement à vous et Gérard

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    • beatrice 14 novembre 2019

      Merci Bruno. On espère bien revenir un jour…à bientôt

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  5. Anthony 14 novembre 2019

    Bonjour ou bonsoir Béatrice.

    C’est avec tristesse que je vous écris ces quelques lignes pour vous dire que j’ai eu un pincement au coeur quand j’ai apprit l’arrêt du blog.

    Sur tous les articles que j’ai pût lire, il y en a un que j’ai particulièrement aimé.

    C’est celui d’une femme que je connaît bien qui s’appelle Nathalie et qui est la 1ère femme Sapeur-Pompier de Saint-Malo.

    En attendant de vous relire dans ce blog en espérant qu’il reviendra très vite, je vous embrasse et vous souhaite Bon Vent.

    Et encore MERCI pour toutes ces histoires.

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    • beatrice 14 novembre 2019

      Cher Anthony, vous m’avez émue! Merci pour ce beau message. J’espère qu’on reviendra un jour, sous une forme ou une autre…Ce n’est qu’un au revoir

      Béatrice

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  6. Brebel daniel 16 novembre 2019

    Que du regret lorsque je lis votre arrêt. Le sourire de lisait sur mon visage à la vue de votre nouveau mail. A part la factrice, je ne connaissais personne en particulier mais grâce à vous des lien se sont créés dans ma boutique. Apprendre un peu de leur vie à chacun me rendais encore plus fier de ma ville. Vos photos vos mots vont nous manquer. Mais nous vous retirons encore et encore…. par nostalgie. Bon vent bonne mer et merci.

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    • beatrice 16 novembre 2019

      Cher Daniel, votre mot nous réchauffe…et rend notre au revoir un peu plus difficile! Nous arrêtons par manque de temps, non par lassitude, et c’est un crève-coeur. Nous reviendrons peut-être, un jour…à bientôt

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  7. tirilly eric 17 novembre 2019

    merci pour tous ces beau texto ces beau portrais vous rencontrer a ete un vrais bonheur vous avez su creer la rencontre entre malouin malouine bon vent pour la suite de vos projet et oui a un ces jour jespere pour de nouvelle histoire malouines sur terre dans les air ou sur eau comme il ce doit toutes malouine ou tous malouin

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    • beatrice 17 novembre 2019

      On a vraiment de chouettes lecteurs…merci Eric pour votre message, à bientôt

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